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Jeux vidéo : simple divertissement ou outil de propagande ?

Quand le joystick devient une arme de persuasion massive

Médias & Numérique Weyders M. 24 avril 2026 8 min de lecture
America's Army

America's Army : un outil de recrutement déguisé en divertissement.

Des millions de joueurs passent chaque jour des heures sur des jeux de guerre, sans forcément questionner la vision du monde qu’ils présentent. Pourtant, derrière certains de ces jeux, on peut questionner la manière de présenter les conflits et le rôle des armées. Beaucoup de personnes y jouent pour se relaxer ou s’amuser. Certains jeux ne sont pas neutres : ils peuvent transmettre des idées, influencer notre vision du monde ou même déformer certains faits historiques.

America’s Army mérite notre attention. C’est un jeu créé par l’armée américaine dans un cadre très spécial. Au premier abord, c’est un FPS classique que n’importe quel joueur pourrait retrouver dans ses suggestions. Et pourtant, sous ses airs bon enfant, il laisse transparaître le patriotisme le plus criard : il promeut une image idéalisée de l’armée américaine.

Dans ce jeu, le joueur incarne un soldat américain présenté comme courageux et respectueux, un guerrier parfait. Les ennemis, en revanche, sont souvent anonymes et peu développés. Cela donne une vision très simple de la guerre, où les soldats américains sont les « gentils » et ceux sur qui ils tirent sont les méchants.

Ce jeu agit comme une propagande douce qui romantise la guerre auprès de son public. Un public jeune qui est aussi celui que l’on voudrait voir s’enrôler. Cela diffuse également une image positive de l’armée américaine à l’étranger par ce biais et contribue donc à justifier, même de manière minime, les interventions américaines.

Call of Duty: Modern Warfare

Call of Duty: Modern Warfare (2019), quant à lui, s’inspire de conflits réels, mais il modifie le déroulement de certains événements.

Par exemple, il reprend l’idée de la Highway of Death (l’autoroute de la mort, en français), un événement qui a eu lieu pendant la guerre du Golfe, dans la nuit du 26 au 27 février 1991. En réalité, cette attaque a été menée par les États-Unis, le Canada, les Britanniques et la France contre les unités irakiennes qui étaient en train de se replier, et de nombreux véhicules civils ont été détruits : approximativement 1 800 à 2 700 véhicules détruits et 500 à 2 000 soldats tués, selon certaines estimations.

Cependant, dans le jeu, la faute est attribuée à une armée fictive ressemblant à l’URSS. Ce jeu a gardé le nom « Highway of Death » pour sa mission 8, par contre il en livre une version historiquement incorrecte, occultant les pertes civiles dues à l’intervention américaine.

Cela montre comment les jeux vidéo peuvent participer à une forme de désinformation en activant des ressorts patriotiques et des clichés.

Une vision souvent simplifiée des conflits

De manière générale, beaucoup de jeux de guerre présentent les conflits de façon très simple : il y a un camp « gentil » et un camp « méchant », et l’on tire sur le camp méchant. Ce qui pousse le joueur à ne pas réfléchir et à obéir simplement aux instructions.

Cette simplification peut poser problème, car elle empêche de comprendre les vraies causes du conflit et peut même modifier l’origine de ce dernier ou changer la manière de penser. Elle peut aussi renforcer certains clichés ou donner une vision biaisée de certains pays ou groupes.

C’est pourquoi il est impératif de garder un esprit critique et de ne pas prendre tout ce que l’on voit dans un jeu comme la vérité, même s’il s’agit d’un divertissement.

Sources & Références :
  • • U.S. Army Research Lab : Case study on "America's Army" as a recruitment tool.
  • • Amnesty International : Rapport sur la "Highway of Death" et le droit humanitaire (1991).